Artists & mental illness

Nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l’enfer.”

Antonin Artaud

J’ai récemment eu l’impression que beaucoup d’artistes que ce soient des peintres, des écrivains, des acteurs ou des musiciens, avaient ou ont un trouble mental. Au point où je me suis demander si être malade est finalement inhérent, ou à la limite complémentaire, à la vie d’artiste. On peut citer Van Gogh, Virginia Woolf, Maria Carey, Mac Miller, Gabourey Sidibe, Juicy Wrld, etc. Mon hypothèse de base était que les personnes créatives sont plus sensibles et réfléchissent beaucoup plus. Donc, soit cette capacité à voir le monde d’une manière souvent très différente d’un individu normal déclenche à la longue un trouble, soit c’est leur maladie qui inspire/inspirait leur art. Il se trouve qu’il y a vraiment des études sur le sujet ! Études qui se sont interrogées sur la corrélation entre créativité et troubles psy, en particulier bipolarité, dépression et schizophrénie. Attention, je dis qu’il y a eu des études, pas des preuves.

Malgré le fait qu’on sache qu’une maladie mentale peut entraîner une baisse de la créativité, pour certains il s’agit d’un mythe, proche du stéréotype de l’artiste torturé. Et ces doutes sont présents même au sein de la communauté scientifique. Dans un article datant de 2011, Simon Kyaga (psychiatre et chercheur Suédois) a déclaré qu’il n’y a pas de lien direct entre le fait d’avoir une profession dans le secteur artistique et le fait d’être diagnostiqué avec un trouble mental. Toutefois les personnes bipolaires sont 1,35 fois plus susceptibles d’avoir un métier dans ce secteur. En 2012, il réitère en affirmant n’avoir pas trouvé de lien avec l’anxiété, l’addiction ou le risque de suicide non plus. Cependant il y a une nouvelle donnée : les écrivains sont des personnes à risque en termes de troubles mentaux et de suicide (2 fois plus susceptible de faire une tentative que le reste de la population). Bref, le résultat global en dehors de ces exceptions était que en tant que groupe, les professions créatives ne sont pas plus susceptibles d’avoir une condition psychologique que les autres.

Pourtant, dans une étude plus récente (2018) menée sur la population suédoise et à laquelle Kyaga a participé, la conclusion est différente : les individus qui pratiquent ou ont pratiqué des activités artistiques ont plus de risque d’être atteints de schizophrénie, bipolarité ou de dépression à l’âge adulte. Je vous mettrai le lien de l’étude à la fin de l’article. James MacCabe (un des auteurs et chercheurs de l’étude) a expliqué à la revue New Scientist que la créativité c’est « relier des idées ou des concepts d’une manière par laquelle d’autres personnes ne penseraient pas. ». On revient à l’idée de réfléchir plus profondément finalement. Le problème c’est que penser plus rend aussi plus vulnérable et expose à des déséquilibres psychiques. C’est l’un des aspects de la dépression d’ailleurs : overthinking. L’idée d’un facteur génétique a également été évoqué. Petit rappel: la génétique est un des facteurs pour qu’une pathologie mentale se déclenche. En 2015, une étude sur la population Islandaise parue dans Nature Neuroscience montrait que les individus créatifs possèdent peut-être des gènes de prédisposition aux troubles psychiatriques. Pour ces chercheurs, la créativité se situe entre la bonne santé mentale et la maladie.

Mon avis ? Si on y réfléchit bien la créativité passe par un processus cognitif particulier ; et un trouble psychologique altère les capacités cognitives et émotionnelles. Donc l’idée d’un lien n’est pas à exclure. Mais il y a plusieurs facteurs à prendre en compte. Déjà le choix d’une activité ou métier ne dépend pas que de la santé mentale, il y a l’éducation, les compétences, les opportunités, le salaire et les valeurs qui jouent aussi. Je doute que tout cela soit pris en compte dans les recherches. Sans parler de la mesure de la créativité. Ensuite, rappelons qu’une activité artistique vient souvent avec une certaine liberté : pas de patron, pas de censure (selon les pays), pas de pression extérieure, pas de limite, pas forcément de sujets ou d’horaires imposés. Je pense que c’est plus cet aspect-là qui inspire. J’en suis un exemple : ayant déjà des difficultés à la fac à cause de la dépression je sais que j’aurais des difficultés dans une agence de presse, alors je me suis intéressée aux blogs et à la photographie. On peut aussi évoquer le fait qu’une personne qui a un emploi plutôt stable court moins le risque d’un déséquilibre émotionnel qu’une personne qui exerce dans le secteur créatif. Donc oui, les deux sont probablement liés, mais pas forcément de la manière dont les études parlent.

Face à cette interrogation, on peut se dire que peut-être l’acte de création doit « payer son tribut à la raison », ou juste que ce sont des personnes ordinaires que le talent a simplement rendu plus vulnérables. Enfin, on peut se demander si ce n’est pas juste une façon pour les psy de rassurer les malades en disant : ta maladie crée chez toi un potentiel créatif. Ce qui rend peut-être un peu moins triste ou pessimiste sur sa situation.


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Références

Kyaga et al., 2011. Creativity and mental disorder. British Journal of Psychiatry.

Cambridge.org

Reseachgate.net

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